Parlier : le père, le fils, la mer et les liens du vent

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Nicolas Parlier, kitesurfeur, fils d’Yves, partage avec son père navigateur chevronné, chercheur en kiteboat, le rêve de marier air et mer avec un cerf-volant . Parlier : le père, le fils, la mer et les liens du vent Yves et Nicolas Parlier : le premier prépare l’avenir de la navigation avec des voiles de kite. Le second est arrivé sur l’eau via la passion du cerf-volant. © PHOTO PHOTO STÉPHANE LARTIGUE PATRICK FAVIER Publicité p.favier@sudouest.fr Bon vent ne saurait mentir. Le père, le fils, unis par les mêmes éléments. Yves Parlier, 53 ans bientôt, skippeur jadis surnommé L’Extraterrestre, couronné de victoires (1) et assoiffé de recherches audacieuses. Et Nicolas, 18 ans, la chair de sa chair, dont le cœur bat au rythme de la même passion. Tout était réuni pour forger cette descendance pas seulement génétique, mais aussi de sport et d’aventure. Mais n’allez pas chercher dans l’exemple d’un père héros la vocation du fils. Nicolas n’était pas né lors des premières victoires de son père. Il avait 2 ans quand Yves a gagné la Transat Jacques-Vabre avec Éric Tabarly. Il n’a pas le souvenir de son père fan de parapente, jusqu’à un accident. « Il a choisi sa passion » ll se souvient à peine, il avait 5 puis 6 ans, du Vendée Globe 2000-2001, que Parlier perdit après la destruction de son gréement, mais termina en glorieux Robinson des mers après avoir réparé lui-même dans une anse du bout du monde et mangé des poissons volants pour ménager ses vivres limités. « Je me rappelle, avec ma sœur, nous étions tristes, et nous pointions sa position sur la carte jour après jour. » Il se souvient aussi d’un père « souvent parti ». Non, Yves le dit lui-même : « Nicolas a choisi sa passion, elle a commencé par le cerf-volant. Écoutez cette anecdote : quand il avait 1 an, on lui a mis une corde de cerf-volant dans les mains. Il n’a plus voulu la lâcher, il râlait dès qu’on voulait la lui prendre. » Nicolas se lève et va chercher une photocopie des photos familiales. « Attention, c’est sexy », rigole-t-il en montrant le bébé nu tenant sa voile comme un trophée. « On parle d’égal à égal » Il ne l’a pas lâchée, non, et quelques années plus tard le voilà avec un palmarès long comme le bras dans de toutes jeunes disciplines : le kitesurf race (des courses de 40 kilomètres à chaque manche), le kitesurf foil (sur ces appendices qui permettent de voler juste au-dessus de l’eau) et la vitesse. Dans le même temps, le père a non seulement été un des pionniers des bateaux volants (hydraplaneur, hydroptère), mais il a, lui aussi, pris le cerf-volant en main pour le programme « Beyond the Sea » de sa société Océa. Son but : « Utiliser la force de traction des voiles de cerf-volant pour des bateaux allant du canoë de 3 mètres au cargo de 400 mètres. » Yves travaille pour l’Ademe, avec de grands labos, de grandes écoles, des entreprises internationales partenaires et possibles futurs clients, et présente ses projets à travers la planète. Même dans le monde de la voile de cerf-volant, Yves n’est pas le boss. « On parle d’égal à égal », dit avec fierté le papa. Une anecdote encore. « Un jour, je barbotais en kite-boat au Moulleau, quand je vois Nicolas, 13 ans, débouler à toute allure alors qu’il avait une voile qui n’était pas faite pour ça et une planche de skimboard [NDRL : toute plate, pas faite pour ça non plus, à laquelle Nicolas avait bricolé des sangles pour les pieds]. Là, j’ai pris un gros coup au moral et je me suis dit : il est temps de lui acheter du matériel. » Le matériel, c’est aujourd’hui ce qui unit le plus l’ingénieur-chercheur Yves Parlier, qui navigue avec des prototypes, et son fils. Tissu des voiles, matériaux et comportement des planches, des foils, l’enrichissement est mutuel, « le dialogue équilibré », dit Yves. « Mes contacts dans le monde du kite lui servent, les miens aussi. Il m’apprend beaucoup de choses sur les foils. » « Mon père me donne des conseils sur la navigation, comme l’utilisation du vent dans les baies, les départs », ajoute Nicolas. Dans une discipline jeune, « où beaucoup de riders viennent du freestyle et n’ont pas d’expérience de régatier, Nicolas a un peu plus de vécu », précise son père. Et une motivation absolue : il a choisi la fac de sports (Staps) plutôt que les prépas scientifiques pour avoir le temps de s’entraîner le week-end à Arcachon et de courir en France et dans le monde. De plus, « depuis trois ans, je passe mes étés dans le Massachusetts pour m’entraîner avec Rob Douglas », explique Nicolas. « Rob, c’est le pape du kite, l’ancien recordman de vitesse sur l’eau [55,65 nœuds, 103 km/h] », complète Yves. Dans cette relation père-fils-mer, la mère ne manque pas. « C’est elle qui m’a poussé à faire ma première course, en 2009 à Arcachon, elle qui n’a pas l’esprit de compétition. Elle voulait que je profite d’un environnement sécurisé. Moi, je pensais que je n’avais pas le niveau », se souvient Nicolas. Qui a accumulé les trophées depuis, passera ses vacances de Toussaint en compétition aux États-Unis, entre autres pour préparer le Mondial 2014. Comme son père, il fait le tour du monde, grâce au vent. (1) 1er de la Mini-Transat (1985), 1er de la Solitaire du Figaro, il a aussi remporté quatre Transats majeures (1992, 1993, 1994, 1997). Nicolas a remporté, entre autres, les trois épreuves majeures de la saison 2013 en foil.

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